Risques, pollutions et habitabilité d’une zone industrialo-portuaire : le cas du Golfe de Fos

Risques, pollutions et habitabilité d’une zone industrialo-portuaire : le cas du Golfe de Fos

2015 OHM Project French Mediterranean coastal zone OHM

Leader : Gramaglia Christelle

Project leader’s laboratory : G-EAU IRSTEA
Full address of laboratory : 361 rue J.F. Breton BP5095 Montpellier 34196 cedex 5

Keywords :

Risques Pollution Habitabilité Pratiques socio-spatiales Mémoire Dommages environnementaux Tolérance Mobilisations Résilience

Disciplines :

Biogeochimie Ecologie Geographie Sociologie

Abstract :

A Fos-sur-mer, les mobilisations n'ont pas permis d'empêcher l'installation d'une usine d'incinération et le développement d'un terminal méthanier (Girard 2012), mais elles ont conduit les élus locaux à prendre des engagements. Ainsi ont-ils proposé qu'un diagnostic environnemental soit fait avant le démarrage de ces activités. D'une part, l'étude AIGRETTE commanditée par la communauté de communes SAN Ouest Provence établissait un état des lieux de la pollution. Elle a donné lieu au développement d'un outil de planification urbaine (Blanchard et al. 2009). D'une autre, la création d'un organisme indépendant, chargé de mener des études sur les atteintes à l'environnement et à la santé, l'Institut éco-citoyen pour la connaissance des pollutions (IECP), visait à aller plus loin que la surveillance en routine assurée par les industriels, sous le régime de l'auto-contrôle, et les services de l'Etat. L'idée était d'utiliser l'argent perçu par les collectivités locales au titre de la taxe professionnelle pour mener des recherches, tout en mettant à profit les expériences et observations des populations. Les premiers résultats ont révélé des anomalies localisées, c'est-à-dire des points noirs particulièrement impactés par les métaux lourds, les HAP, les PCB, les dioxines. Les vents, les courants expliquent en partie la dispersion et l'accumulation inégale des polluants dans des endroits divers, mais de nombreuses incertitudes et ignorances persistent à propos des phénomènes, leurs dynamiques et effets conjugués. Des pratiques socio-spatiales, comme le jardinage, la cueillette (Baghdikian et al. 2014), la chasse, la pêche (Barthélémy, Nicolas 2002) ou le nautisme, très prisées localement mais aussi mal connues (elles constituent un des angles morts de l'évaluation des risques sanitaires au sens que les sociologues S. Frickel et M. Bess Vincent ont donné à ce terme, 2007) sont susceptibles d'ajouter à la vulnérabilité des populations concernées[2]. Elles sont aussi à l'origine des attachements forts bien qu'ambivalents que celles-ci ont développés vis-à-vis de leur territoire. Déjà mises à mal par les aménagements passés sans que cela n'ait donné lieu à une estimation de ce qui avait été perdu en termes d'accès et d'usage, elles sont de nouveau menacées par les projets Fos 3 et 4XL et Fos Faster. A ce titre, elles pourraient être à l'origine d'un regain de mobilisation. L'évaluation des risques sanitaires de zone soulignait que la pêche était interdite dans les darses, mais qu'elle y était pratiquée (BURGEAP 2008). De même relevait-elle la difficulté à estimer le nombre de puits dans les jardins et leur utilisation privée, ceux-ci étant rarement déclarés. Les scénarios d'exposition n'en tiennent pas compte. Notre objectif est d'enquêter sur l'habitabilité des zones industrialo-portuaires littorales, ce qui la menace tout autant que les mobilisations destinées à la sauvegarder et les pratiques socio-spatiales plus discrètes qui y perdurent et peuvent viser à la restaurer. Le travail que nous nous proposons de réaliser est une contribution à la réflexion sur les situations d'insécurité ontologique suscitées par la modernité (Giddens 1994), plus particulièrement les pollutions et les alertes environnementales et sanitaires. Nous examinerons comment les personnes qui vivent dans des territoires lourdement impactés par les activités industrielles font malgré tout avec les pollutions, selon qu'elles choisissent de rester ou ne peuvent partir, prenant la parole pour dénoncer le caractère inacceptable des phénomènes qu'elles subissent et des restrictions d'accès ou d'usage que cela entraîne (sachant que les terrains de la ZIP de Fos à Port-Saint-Louis du Rhône appartiennent au Grand port maritime de Marseille, et que dans les espaces interstitiels entre docks, darses, usines et marais et sansouires la chasse, la pêche mais aussi la cueillette de champignons et d'asperges sauvages, de même que le nautisme se pratiquent parfois en limite de la légalité) ou préférant garder le silence. Nous regarderons comment les unes et les autres s'approprient les informations sur les pollutions qui leur parviennent ou développent d'autres formes de savoir qu'elles leur opposent. Nous interrogerons les conséquences que cela peut avoir sur le respect ou non des interdictions à visées sécuritaires, environnementales ou sanitaires. Nous nous pencherons aussi sur les représentations que divers habitants pourraient avoir produites à partir de leur expérience propre, de même que les cartes qu'ils pourraient avoir dessinées pour matérialiser les problèmes en cause et y parer personnellement. Nous verrons donc comment dans un même territoire, d'une manière plus large, on parle de la pollution, sous quel angle et avec quelles réserves.