Analyse processuelle et biographique de l’inondation et de la protection contre le fleuve - Ruptures et continuités – (AproBio)
Analyse processuelle et biographique de l’inondation et de la protection contre le fleuve - Ruptures et continuités – (AproBio)
2012 OHM Project Rhone Valley OHMLeader : Nicolas Laurence
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Abstract :
Le projet proposé ici s’inscrit en complémentarité d’un programme de recherche régional, « DIGSURE », interdisciplinaire et orienté vers la vulnérabilité physique (relative au parc de digue) et la vulnérabilité sociale au risque inondation dans le périmètre protégé par les digues du Rhône de Beaucaire à la mer (Allouche & Nicolas 2012). Plus exactement, nous nous proposons de traiter d’une question de recherche précise, qui n’a pas pu être abordée dans le cadre précité et qui nous parait être un point crucial pour questionner ce qu’a pu devenir, depuis 2003, le rapport que le territoire rhodanien entretient à l’inondation, lequel nous a semblé, sur certains points, n’avoir que très peu évolué vers une plus grande préparation et vigilance aux risques. Les enquêtes menées dans le cadre de DIGSURE suggèrent fortement qu’une partie des individus ayant connu les inondations de 2003 ne développent pas nécessairement une vigilance, ni une préparation accrues aux risques d’inondations, voire relativisent ceux-ci plus fortement encore que ne le font ceux qui n’ont pas connu ces évènements. Certes, cela ne caractérise pas l’ensemble de la population ayant subi l’événement. Des éléments d’explication peuvent être trouvés dans la littérature issue de la psychologie sociale et cognitive. Parmi ces éléments on peut par exemple relever que la perception d’un risque (est-ce un risque élevé ou faible ?) est inversement proportionnel à l’intérêt perçu de la prise de risque ou de l’exposition (Fischhoff et al, 1978). Nous avons tendance à percevoir un risque comme faible lorsque nous y exposer est d’une utilité importante pour nous. Résultat d’apparence anodine mais qui ne l’est pas lorsque l’on considère la faible perception du risque d’inondation des primo-acquéreurs d’un logement en zone inondable. A ce titre les travaux reposant sur Tversky & Kahneman (1971, 1973) amènent à relativiser la forte causalité parfois imputée à l’ancrage territorial dans la mauvaise estimation du risque, sans pour autant occulter son effet. Parmi les processus à l’œuvre dans la sous-estimation du risque, l’ « oubli » des inondations ou son ignorance faute d’ancienneté locale ne fournissent pas les seuls facteurs explicatifs. A l’œuvre, deux conceptions de l’événement : 1) les inondations peuvent être perçues comme des phénomènes cycliques et 2/ la mémoire d’inondations très récentes fait dire qu’elles ne devraient pas se reproduire de sitôt selon une sorte de lois des moyennes postulées par les sujets. Dans ces cas ce n’est pas un défaut de mémoire qui tend à faire sous estimer le risque d’inondation ; il s’agit de « biais » d’évaluation reposant sur une certaine conception de la loi de distribution d’un évènement. L’important ici réside dans le fait qu’un individu peut très bien avoir connaissance d’inondations récentes, de repères de crue, d’amis inondés (etc.) et pour autant se percevoir à l’avenir comme en sécurité, tout dépendant de la façon dont il s’explique la survenance d’une inondation. Résultat de la psychologie sociale d’apparence anodin, mais qui montre clairement les limites les mesures publiques de « sensibilisation » (par ex. avec des repères des PHEC) pour à elles seules instituer une « culture du risque ». D’autres « biais » perceptifs peuvent être évoqués dans la perception du risque tels que la « wishful thinking », proche d’une pensée orientée par un pari et disposée à croire que « ça n’arrivera pas », ou encore les dénis ou pensées fatalistes (Grothmann & Patt, 2005). Mais aucun de ces éléments ne nous permet de comprendre pourquoi ces individus là plutôt que d’autres, et aucun élément d’extrapolation n’est apporté par ce type d’étude. La réalisation d’une enquête ethnographique dans le cadre du programme DIGSURE nous a amené à soulever l’hypothèse complémentaire que les capacités d’adaptation et d’évolution des individus, ainsi que leur vulnérabilité elle-même, dépendent en grande partie des modalités d’inscription de l’événement dans leur histoire de vie, inscription qui conditionne également leurs capacités projectives et anticipatrices de l’inondation. Plus largement, il nous est apparu que la vulnérabilité sociale au risque d’inondation est trop souvent abordée comme un « état de sortie » d’une inondation évalué à partir de données matérielles et sociales, en quelques sortes statutaires. L’historique, récent ou non, des personnes, objets et systèmes impactés nous parait insuffisamment pris en compte et soulève de ce point de vue un enjeu pertinent de recherche exploratoire. De l’étude de cet enjeu pourrait également découler quelques éléments importants pour comprendre ce qui parvient ou échoue à faire de 2003 une rupture dans le rapport entretenu à l’inondation. Avant le développement de ces points ci-dessous, il convient de présenter brièvement le programme DIGSURE pour clairement faire apparaître le cadre dans lequel le présent projet viendra apporter un complément original, tout en s’inscrivant dans une recherche interdisciplinaire aux enjeux scientifiques et appliqués particulièrement explicites. Le programme DIGSURE est né d’une collaboration étroite entre le CEMAGREF/IRSTEA et le principal gestionnaire d’ouvrages de protections du Rhône aval, le SYMADREM (Syndicat mixte interrégional d'aménagement des digues du delta du Rhône et de la mer). Le besoin exprimé par ce 2dernier était double. D’une part, la nécessité de développer une base de données informatisée permettant le suivi et l’historique, de l’ensemble des désordres, accidents, interventions, actions, informations, observations relevé quotidiennement sur le corps de digue et son environnement immédiat. Le travail du CEMAGREF/IRSTEA dans le cadre de DIGSURE a, pour partie, consisté à développer l’informatisation de cette base de données en y associant la construction d’indicateurs de performance des digues opérationnels pour leur gestion patrimoniale et en intégrant la prise en compte des imperfections liées aux données. D’autre part, le gestionnaire d’ouvrage s’est vu imposer par la législation l’obligation d’intégrer à l’étude de dangers, l’évaluation systématique de la vulnérabilité des zones protégées ; le processus législatif venant par là-même, incidemment, rencontrer les questionnements de la recherche. Il est donc apparu comme très pertinent d’enrichir la base de données par une méthode d’évaluation de la vulnérabilité sociale pour chaque zone géographique définie par un scénario de rupture d’un tronçon de digue donné. Une vision binaire de la vulnérabilité a longtemps prévalu, distinguant la face externe de la vulnérabilité, formée des chocs et des perturbations auxquels le système est soumis, et la face interne, comprise comme la capacité ou l’incapacité d’un système à répondre correctement à un stress externe et/ou de recouvrir un état normal (Chambers 1989). Les années 90 mettent l’accent sur les facteurs et processus sociaux, économiques et politiques producteurs de vulnérabilités individuelles. Ce faisant, cette conception bipolaire a dû évoluer pour intégrer des composantes critiques de la vulnérabilité supplémentaires telles que la capacité à anticiper l’événement (impliquant une composante cognitive et communicationnelle essentielle), l’exposition aux facteurs de stress, la résilience, la capacité de réaction dans le temps de l’événement (Bohle et al 1994, Cutter 1996 ; Watts et Bohle 1993). Le contexte de changement global et la prise de conscience grandissante de l’enjeu de réduire la vulnérabilité face à l’ensemble des risques naturels dans un contexte d’extension des territoires urbanisés et de croissance démographique forte (notamment dans les pays émergeants) ont conduit la communauté scientifique à chercher une définition minimale de la vulnérabilité applicable à des risques de natures différentes et permettant des comparaisons internationales. Un consensus minimal s’est dégagé pour considérer la vulnérabilité comme fonction de trois principales dimensions : l’exposition à un forçage (stress) social ou environnemental (qui n’est que consécutif au risque lui même), la sensibilité liée à l’exposition et enfin les capacités d’adaptation (recouvrant la réaction et la résilience) (cf. Kasperson 2001; McCarthy et al., 2001; Turner et al.,2003). Les avancées des travaux en sciences humaines ont conduit à élargir cette conception minimale de la vulnérabilité sociale comme le résultat du processus de gestion sociale du risque. La vulnérabilité sociale est donc vue comme dépendante de la capacité à anticiper l’aléa, de la capacité à faire face à l’urgence, du comportement en temps de crise et de la capacité de reconstruction (Wisner et al., 2004 ; Barrocca et al., 2005 ). Toutefois la notion d’anticipation de l’aléa est ambiguë, nous préférons parler plus largement d’état de préparation au risque inondation, incluant aussi bien l’anticipation de l’aléa, au sens de l’évaluation de sa survenance, que la connaissance de scénarios possibles d’inondation ou en encore la constitution ex ante de ressources, matérielles et sociales, mobilisables. Nous retenons donc cinq dimensions génériques de la vulnérabilité sociale inscrites dans une progressivité temporelle : état de préparation, exposition, surexposition (correspondant à l’exposition résultant de conduites à risque), gestion de la crise, résilience et gestion post-événement. Procédant ainsi, il a été possible d’établir une méthode d’évaluation de la vulnérabilité sociale, rendant compte notamment de profils de vulnérabilité différents en fonction du déroulement du processus d’inondation. Toutefois ces profils, s’ils permettent de saisir des situations variées au sein d’agrégats statistiques, demeurent insuffisants pour saisir la complexité des spécificités biographiques et individuelles, dont l’étude proposée ici permettrai de faire émerger des récurrences suffisamment fortes pour nourrir la méthodologie d’évaluation par questionnaires.Context
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