Nous avons le plaisir de vous annoncer que Marion Le Tyrant soutiendra sa thèse intitulée "Perceptions individuelles et mobilisations collectives autour du moustique Aedes albopictus dans le Sud de la France : anthropologie des politiques sanitaires de prévention", réalisée dans le cadre du Labex DRIIHM et de l'OHM Littoral méditerranéen,

le vendredi 21 décembre à 14 heures à Aix-en-Provence, au Technopôle de l'Environnement Arbois-Méditerranée, avenue Louis Philibert, bâtiment Cerege, salle 205, 1er étage.

 

Le jury sera composé de :

Daniel BLEY , Directeur de thèse, CNRS, Aix-Marseille Université, 

Jean-François GUEGAN, Co-directeur de thèse, IRD, CNRS, Université de Montpellier

Marc-Éric GRUÉNAIS, Rapporteur, Université de Bordeaux

Jocelyn RAUDE, Rapporteur et Président du jury, EHESP

Sandrine MUSSO, Examinateur, Aix-Marseille Université


Résumé

Le moustique Aedes albopictus ou moustique tigre, potentiellement vecteur de virus tels que la dengue, le Chikungunya ou le Zika est présent dans une quarantaine de départements français de métropole. L’expérience de l’épidémie de Chikungunya survenue en 2005 à l’Ile de la Réunion et sa médiatisation, ainsi que les cas et foyers autochtones de dengue et de Chikungunya enregistrés sur le continent européen et en France métropolitaine depuis une dizaine d’années, confirment l’intérêt des autorités d’anticiper le risque à l’échelle de la métropole par l’adoption de stratégies collectives de réduction des risques vectoriels. Ces stratégies évoluent vers des techniques alternatives aux insecticides et impliquent de façon croissante l’action les populations dans la lutte anti-vectorielle.

Ce travail s’appuie sur une ethnographie des interactions entre les agents d’une collectivité locale et des riverains de la communauté d’agglomération Var-Esterel-Méditerranée (CAVEM), ainsi que sur une série d’entretiens semi-directifs réalisés auprès d’acteurs institutionnels et d’administrés de la Ville de Nîmes. Les deux territoires étudiés sont exposés à la nuisance liée au moustique tigre et ont fait l’expérience du risque sanitaire lié à ce vecteur avec le recensement de cas de Chikungunya à Fréjus en 2010 et d’un foyer de sept cas de dengue à Nîmes en 2015. A partir de l’analyse des discours et des pratiques des acteurs institutionnels locaux et des usagers, ce travail propose une analyse des perceptions à la fois de la nuisance liée aux moustiques, des risques sanitaires associés à Aedes albopictus, ainsi que des mesures mises en oeuvre à titre individuel et collectif, à visée préventive ou dans le cadre de la lutte anti-vectorielle lors de la circulation locale du virus.

Cette thèse entend démontrer en quoi la lutte contre Aedes albopictus et la promotion de la mobilisation sociale à l’échelle institutionnelle locale relèvent moins d’enjeux strictement sanitaires que plus largement politiques et en particulier de priorisation de l’agenda politique local. Nous analysons à cet effet, en quoi la dimension sanitaire du problème est utilisée comme un argument justifiant l’action ou l’inaction locale en matière de mobilisation sociale autour du moustique tigre, et non comme un motif initial d’action. De même, nous expliquons comment les choix opérés à l’échelle locale de l’action publique en matière de lutte contre Aedes albopictus influencent les rapports entre la figure de l’autorité publique locale (l’élu, l’agent territorial) et celle du riverain. L’enjeu plus général que nous discutons est de savoir si l’implication institutionnelle locale en matière de lutte contre le moustique tigre est révélatrice d’identités de territoire et préfigure des inégalités territoriales et plus largement sociales en termes d’accès à l’information, de prévention vis-à-vis des risques sanitaires et de qualité de vie des populations.

 

Mots clés : moustique tigre (Aedes albopictus), maladies émergentes à transmission vectorielle, perceptions individuelles, mobilisation sociale, politique sanitaire préventive, Sud de la France