Animation: Claude Le Gouill et Franck Poupeau, avec la participation de Nicolas Richard (CREDA), Pierre-Yves Le Meur (IRD-GRED), Gwendoline Promsopha (MCF Aix-Marseille Université, LEST) et Thomas Schellenberger (MCF Université de Haute Alsace, CERDACC)

      Lieu : Maison de la Recherche de Paris 3 (Salle Claude Simon, RdC)
                4, rue des Irlandais,
                75005 Paris

      De 10 à 17 h 30

      La thématique des communs est devenue centrale dans la pensée politique contemporaine : promue par des approches (néo)institutionnelles de l’économie, elle a aussi été réappropriée par des théoriciens soucieux de « refonder » la critique anticapitaliste. Cette diversité d’usages, entre gouvernance et idéal pratique de changement, a fait de la question des communs un enjeu de régulation politique incontournable. L’objectif de ce workshop est de questionner non seulement le succès de cette question, mais les modalités par lesquelles elle s’est imposée sur un spectre de réflexions très large, qui va de la construction des idéaux politiques aux pratiques de gestion des ressources naturelles.A l’heure où l’idée de « biens communs mondiaux » fait l’objet d’attentions croissantes de la part des institutions nationales et internationales, il n’est pas inutile de s’intéresser à ces multiplies déclinaisons des communs, et d’en construire un cadre interprétatif.

      On partira d’un constat préliminaire : c’est avec l’essor des réflexions sur l’environnement et des politiques de développement, que la question des communs s’est imposée comme un renouveau potentiel de la pensée politique. Mais si l’étude de la « gouvernance des communs » s’est appuyée sur les cas des exploitations forestières et marines, ou sur les systèmes d’irrigation, le cas des ressources minières est resté relativement peu étudié. Il a pourtant pour particularité de se situer à l’intersection de ces problématiques, aussi bien du point de vue des impacts sur les systèmes écologiques autour des sites, que des cadres juridiques mis en place pour statuer sur les sous-sols, les produits et les formes d’organisation des activités extractives. Les discours et les mobilisations autour des projets miniers font aussi apparaître des représentations et des répertoires d’actions concurrents, au centre desquels la question des communs joue un rôle structurant.

      Ce workshop s’inscrit dans une perspective comparée en prenant pour exemples des pays où le commun représente une dimension politique, juridique et symbolique de première importance, et où l’activité minière est l’enjeu d’une redéfinition des normes et des territoires : la zone andine (Pérou, Bolivie, Chili), où la faible régulation de l’exploitation minière génère dégâts environnementaux et protestations sociales ; les USA, longtemps pionniers et leaders de l’extractivisme mais aussi de son encadrement à finalité officiellement « durable » ; des pays d’Asie comme la Thaïlande où la construction « par le haut » du commun par la monarchie sert de base au développement de communautés confrontées aux projets miniers ; la France métropolitaine où le code minier est actuellement en débat, suscitant des controverses sur le statut des sous-sols ; les territoires d’Outre-Mer de Nouvelle-Calédonie où l’activité minière s’inscrit dans un cadre juridique propre et dans un champ sémantique des communs structuré autour de l’identité et des revendications kanaks.

     L’objectif scientifique de ce workshop est ainsi de croiser les différentes approches des communs, dans différentes disciplines et sur différents terrains, afin d’analyser les enjeux de définition de la notion, et en particulier la tension entre le modèle de l’enclave minière propre au modèle extractiviste et les constructions patrimoniales et politiques du commun par les populations locales touchées par ces projets. Il croisera donc aussi bien des études comparées et historiques des droits miniers et des planifications stratégiques nationales de gestion des ressources, que des analyses plus territoriales de la construction locale des enjeux miniers.